Pompée, les applaudissements de la dernière nuit
Avant Pharsale, en 48 avant notre ère ; biographie écrite au début du IIe siècle de notre ère · Camp de Pompée en Thessalie ; théâtre de Rome dans le rêve · Pompée ; les Romains rêvés ; Vénus Victorieuse
Première chandelle — Ce qu’on raconte
Ce sont des applaudissements, pas des cris de bataille. La nuit qui précède Pharsale, selon Plutarque, ramène Pompée dans son théâtre de Rome. Le peuple l’accueille ; des dépouilles sont offertes à Vénus Victorieuse. L’homme qui va risquer son armée retrouve ainsi dans le sommeil les lieux et les gestes de sa gloire.
L’image semble favorable, mais elle ne lui appartient pas sans réserve. La famille de César revendique elle aussi Vénus pour ancêtre. La déesse du triomphe peut donc désigner le succès de celui qu’il combat. Un décor connu, associé à son propre nom, devient soudain un espace dont le sens pourrait passer à l’ennemi.
Plutarque raconte cette hésitation plutôt qu’une assurance uniforme. Le dormeur peut être encouragé et inquiet devant le même songe. Des mouvements de panique dans le camp finissent par le réveiller. La nuit ne lui donne aucune consigne nette ; elle fait entendre une reconnaissance dont il ne sait pas avec certitude qui recevra finalement le bénéfice.
Après la défaite, le lecteur revient autrement vers ces applaudissements. Ils ne peuvent plus être entendus comme avant le combat. C’est précisément ce changement de perspective qu’il faut conserver : le rêve est placé avant l’événement dans le récit, mais le biographe et son public connaissent déjà le sort de Pompée.
Seconde chandelle — Ce qu’on sait
Le passage se trouve dans la Vie de Pompée, chapitre 68. Plutarque écrit plus d’un siècle après la bataille de 48 avant notre ère. Il ne cite ici ni journal de nuit ni déclaration de Pompée conservée indépendamment du récit biographique.
La défaite contre César constitue un événement historique attesté ; l’expérience nocturne relève d’une tradition transmise. Dans les chapitres précédents, Plutarque explique le passage à la bataille par les pressions politiques et militaires de l’entourage. Il serait inexact de substituer le songe à ces causes.
La place de Vénus rend l’interprétation réversible. Elle montre comment une image glorieuse peut être relue à partir du camp qui l’emporte. Ce fonctionnement narratif n’établit pas qu’une divinité ait annoncé le résultat, ni que le rêveur ait pu le connaître.
Il faut aussi distinguer les rêves littéraires de Pompée dans la Pharsale de Lucain des épisodes rapportés par les biographies. Une reprise poétique peut enrichir l’atmosphère sans devenir un témoignage supplémentaire. Ici, la source suivie reste précisément le chapitre de Plutarque.
Pour poursuivre la réflexion
Le théâtre demeure plein dans la nuit racontée. Au matin, c’est pourtant loin de Rome que tout se décide, et les applaudissements ne protègent pas celui qui les a entendus.