Mary Shelley : l’image nocturne de Frankenstein

Été 1816 ; témoignage publié en 1831 · Près de Genève · Mary Shelley, Percy Shelley, Lord Byron

Première chandelle — Ce qu’on raconte

Elle ferme les yeux, mais elle ne dort pas. C’est ainsi que Mary Shelley décrit, en 1831, la naissance de l’image devenue célèbre : un étudiant penché sur la créature qu’il vient d’assembler. Réduire cette scène à un cauchemar ordinaire effacerait la précision la plus singulière de son récit. Elle se situe elle-même entre la pensée volontaire et le sommeil.

Revenant sur l’été 1816 passé en Suisse, l’autrice raconte une recherche d’histoire terrifiante restée longtemps sans réponse. Après les conversations de ses compagnons sur la vie et sa possible animation, des images s’imposent. L’œuvre assemblée remue ; son créateur est saisi d’horreur. Ce qui devait être un succès devient aussitôt une présence dont il voudrait s’éloigner.

Selon cette introduction, Shelley se détourne alors de l’image, puis comprend qu’elle tient la peur recherchée. Elle donne à l’expérience le nom de waking dream, un rêve éveillé. Le récit de création ne s’arrête donc pas à une apparition reçue passivement : il comprend le moment où une écrivaine décide d’en faire de la fiction.

Quinze ans séparent l’été évoqué de l’introduction qui nous le raconte. Entre les deux, Frankenstein a été écrit, publié et relu. La scène nocturne est devenue aussi une façon, pour l’autrice, de revenir sur son œuvre et d’en raconter l’origine à de nouveaux lecteurs.

La source centrale est l’introduction de l’édition de 1831. Elle associe explicitement une expérience d’imagination nocturne à la création littéraire ; elle ne décrit pas une observation scientifique du sommeil.

Seconde chandelle — Ce qu’on sait

Le texte de 1831 est consultable avec le roman. Il faut distinguer cette introduction tardive de la première publication de 1818 et des cauchemars que le roman attribue à ses propres personnages.

Shelley est la source de son expérience intérieure. Aucun document cité ici ne permet d’enregistrer les images à l’instant où elles apparaissent, d’en fixer la durée ou d’en déterminer le stade physiologique.

L’expression rêve éveillé n’est pas une approximation à corriger en rêve nocturne : elle indique la manière dont Shelley choisit de décrire son état. On peut étudier ce témoignage sans lui attribuer rétrospectivement un diagnostic d’hallucination ou une catégorie clinique précise.

L’image de l’étudiant ne contient pas à elle seule toutes les voix, les voyages et les conflits du roman. Reconnaître son importance laisse place au travail d’écriture. Le rêve inspirateur n’a pas besoin d’être présenté comme un livre complet dicté pendant le sommeil pour conserver sa force.

Souvenir autobiographique publié en 1831 d’un rêve éveillé situé en 1816 ; influence créatrice rapportée par l’autrice, sans preuve d’un cauchemar survenu durant le sommeil.

Sources et limites

Toutes les histoires des Deux Chandelles