La femme en blanc dans la prison de Socrate
399 avant notre ère pour la scène ; dialogue rédigé par Platon après la mort de Socrate · Prison d’Athènes · Socrate ; Criton ; la femme du songe
Première chandelle — Ce qu’on raconte
Criton est déjà près de lui, mais Socrate dort encore. Son ami est venu à la prison avant le jour, inquiet du retour du navire qui doit permettre l’exécution. Il ne l’a pas réveillé aussitôt. Lorsqu’ils commencent à parler, le calme du prisonnier contraste avec l’urgence de celui qui espère encore le sauver.
Socrate pense que le navire arrivera le lendemain plutôt que ce jour-là. Il s’appuie sur un rêve tout récent : une belle femme vêtue de blanc lui a annoncé qu’il atteindrait la fertile Phthie au troisième jour. La formule vient du langage homérique. Dans cette cellule, un horizon de retour devient une manière de compter les jours qui restent.
Criton trouve le rêve étrange ; Socrate le juge clair. Leur échange ne s’attarde pourtant pas en longue consultation de symboles. Très vite, l’ami reprend son projet de fuite. Le songe a ouvert un temps d’attente, tandis que la conversation doit décider ce qu’il serait juste de faire de ce temps.
La scène frappe par son absence de grand spectacle. Pas de foule témoin d’un prodige, pas de ciel déchiré : une apparition racontée après le sommeil, quelques mots entre deux hommes, et la présence d’une mort prochaine. Le rêve n’efface pas la prison ; il change la manière dont Socrate semble l’habiter.
Seconde chandelle — Ce qu’on sait
Le passage se trouve dans le Criton de Platon, 43a–44b, avec le songe en 44a–b. La Phthie est la patrie d’Achille, évoquée dans l’Iliade IX,363. L’allusion fait entrer une mémoire poétique dans le dialogue ; la rendre par une destination géographique ordinaire appauvrirait sa portée.
Platon écrit après les événements. Le dialogue est une œuvre philosophique mettant en scène des personnes historiques, non une transcription sténographique du dernier entretien. Nous ne possédons pas le récit autographe du rêve par Socrate ni une vérification indépendante de la femme apparue dans son sommeil.
Le décompte dépend du calendrier narratif et des manières antiques de compter les jours. Mieux vaut conserver la formule du troisième jour que fabriquer une heure certaine du décès à partir d’elle. Le texte associe une annonce onirique au retour attendu du navire, sans fournir un protocole de prédiction vérifiable.
Surtout, le songe ne remplace pas l’argumentation qui suit sur la fuite et la justice. En faire l’unique cause du refus de partir réduirait le dialogue à une obéissance aveugle que sa construction ne justifie pas.
Pour poursuivre la réflexion
La même phrase inquiète Criton et apaise Socrate. Une image reçue pendant le sommeil peut-elle être claire pour celui qui l’a vue et demeurer presque impénétrable à son ami ?