Artémidore, les rêves au milieu de la foule

IIe siècle de notre ère, monde grec sous domination romaine · Daldis, Éphèse et les lieux parcourus selon l’auteur · Artémidore ; interprètes et rêveurs anonymes

Première chandelle — Ce qu’on raconte

Avant de devenir un livre, les rêves d’Artémidore passent par des rencontres. Dans la préface de son traité, l’auteur affirme avoir fréquenté pendant des années les devins des villes et des fêtes. Il veut entendre les songes et ce qu’on dit de leurs suites. Son atelier n’a donc pas seulement la forme silencieuse d’une bibliothèque.

On imagine facilement un dictionnaire où un objet signifierait toujours la même chose. Artémidore complique cette attente : il demande de connaître la personne qui a rêvé, son âge, son métier, sa situation et sa santé. Une image ne flotte pas seule. Elle arrive avec une existence, un rang social et des usages.

Il distingue aussi les images qui ramènent les préoccupations présentes et les songes qu’il tient pour annonciateurs. La faim peut faire rêver de nourriture ; la peur peut revenir dans le sommeil. Tout ne réclame donc pas, même à ses yeux, une annonce lointaine. Le travail consiste notamment à décider quel type de nuit on écoute.

Cette attention n’en fait pas un psychologue contemporain. Artémidore cherche bel et bien à interpréter l’avenir ; il défend sa compétence face aux concurrents et aux critiques. Son livre garde le mouvement d’une profession qui veut convaincre : une multitude de voix recueillies devient la démonstration d’un auteur.

Seconde chandelle — Ce qu’on sait

Les cinq livres de l’Oneirocritica, ou Clef des songes, constituent la source. La préface du livre I et les chapitres I,1 et I,8–9 exposent les distinctions et l’importance du contexte. Les traductions rendent différemment les mots grecs enypnion et oneiros ; leurs catégories doivent être expliquées plutôt que supposées identiques aux nôtres.

Les voyages et enquêtes sont des affirmations de l’auteur, pas un carnet de terrain dont nous contrôlerions chaque rencontre. Les cas rassemblés ne forment pas un échantillon statistique. Ils ont été retenus et racontés pour soutenir une méthode et ses résultats supposés.

L’intérêt historique est double : des éléments de la vie sociale apparaissent dans les interprétations, tandis qu’un praticien expose comment il veut être reconnu comme fiable. Les différences de statut ne sont pas accessoires ; elles modifient ce qu’une même scène peut annoncer dans son système.

Le soin apporté aux circonstances ne valide pas la divination. On peut reconnaître une démarche de comparaison sans adopter sa prétention prédictive. Lire Artémidore aujourd’hui consiste aussi à observer ce que les catégories de son époque rendent visible ou laissent dans l’ombre.

Pour poursuivre la réflexion

Au milieu de ses équivalences parfois déroutantes, une question garde sa force : avant de chercher le sens d’un rêve, qu’avons-nous réellement appris de la personne qui le raconte ?

Sources et limites

Toutes les histoires des Deux Chandelles