Pénélope et les deux portes des songes
Antiquité grecque ; traduction de l’édition de 1893 consultée · Ithaque dans l’Odyssée · Pénélope, Ulysse
Première chandelle — Ce qu’on raconte
Les oies sont vivantes. Pénélope les retrouve près de l’eau à son réveil, alors qu’elle vient de les voir toutes tuées. Au chant XIX de l’Odyssée, cette petite scène domestique sépare brutalement deux mondes : dans l’un, les oiseaux mangent leur blé ; dans l’autre, un aigle est descendu sur eux, et leur mort annonce le retour d’Ulysse.
Elle raconte ce songe à un étranger reçu dans sa maison. Le lecteur sait que cet homme est son mari, encore dissimulé. Pénélope décrit ses pleurs devant les oies abattues. Puis l’aigle revient, prend une voix humaine et livre lui-même la clef des images : les oiseaux représentent les prétendants, et lui est l’époux revenu pour les tuer.
L’étranger approuve cette interprétation. Mais Pénélope ne se laisse pas convaincre. Elle évoque deux portes d’où sortent les songes : la corne laisse passer ceux qui s’accomplissent, l’ivoire ceux qui trompent. Elle doute que son propre rêve soit venu de la première. Même une image qui s’explique elle-même ne lui apporte pas l’assurance qu’attend son interlocuteur.
La scène tient ainsi dans une étrange proximité : l’homme attendu est devant elle, le rêve annonce son retour, et pourtant le récit conserve son hésitation. Pour qui lit l’épopée, la solution paraît déjà là. Pour celle qui a rêvé, elle reste à éprouver.
Il s’agit d’un songe de personnage littéraire, enchâssé dans une conversation nocturne. Le texte ne donne ni le journal d’une rêveuse historique ni le compte rendu d’une consultation réelle.
Seconde chandelle — Ce qu’on sait
Le passage est identifiable au chant XIX, notamment aux vers 535–569. La traduction de Leconte de Lisle utilisée sur cette fiche permet de suivre le rêve, son explication et les portes de corne et d’ivoire dans leur continuité.
La parole de Pénélope et la réponse de l’étranger appartiennent à la même œuvre. Les compter comme deux confirmations indépendantes d’une prémonition ferait disparaître la construction du dialogue.
Le chagrin éprouvé pour les oies complique la lecture rassurante proposée par l’aigle. L’image ne se réduit pas à un simple code où chaque animal peut être remplacé sans perte par un nom humain.
Les portes ne fournissent pas au lecteur une procédure pratique pour vérifier ses propres rêves. Dans cette scène, Pénélope les invoque précisément parce qu’elle ne sait pas à laquelle se fier. La distinction entre rêve vrai et rêve trompeur reste une difficulté vécue par le personnage, au lieu de devenir une réponse automatique.
Songe explicitement présent dans une épopée ; valeur documentaire pour l’histoire culturelle du rêve, pas preuve de prédiction surnaturelle.