Van Eeden, la chambre qui avait une fenêtre de trop
Juillet 1906 ; communication et publication en 1913 · Langen Schwalbach, Allemagne · Frederik van Eeden, médecin et écrivain néerlandais
Première chandelle — Ce qu’on raconte
Il se croit réveillé, mais la maison fait un bruit impossible. Frederik van Eeden raconte qu’après une journée fatigante, à Langen Schwalbach, il entend dans son sommeil une grosse malle heurter le palier. Le lit et la chambre semblent appartenir au monde retrouvé ; le vacarme introduit pourtant une inquiétude qui ne s’accorde pas avec ce réveil.
Une autre fois au cours de cette même nuit de juillet 1906, il voit trois fenêtres là où il sait qu’il n’y en a que deux. Cette différence lui permet de douter de l’évidence de la chambre. Il rapporte un bref réveil réel, puis d’autres rêves, dont certains lucides. L’expérience n’est pas un simple trajet de la nuit vers le jour : les passages se succèdent et se ressemblent assez pour tromper celui qui les traverse.
Van Eeden appellera ce type d’épisode wrong waking up. Il lui donnera aussi une lecture en termes de tromperies démoniaques, que nous devons laisser à sa pensée personnelle. Le bruit et la fenêtre supplémentaire sont les éléments de son récit ; des êtres extérieurs ne sont pas prouvés par le sentiment d’avoir été dupé.
Ce médecin est également écrivain. En présentant son travail en 1913, il indique avoir condensé ses observations et ses idées dans un roman, The Bride of Dreams. Le lien entre ses nuits et une création littéraire est donc déclaré par lui. Cela n’autorise pas à lire chaque scène du roman comme la transcription exacte d’un épisode vécu.
Seconde chandelle — Ce qu’on sait
A Study of Dreams paraît dans les Proceedings of the Society for Psychical Research en 1913. Le passage sur juillet 1906 se trouve dans la présentation du neuvième type de rêve. L’auteur décrit une expérience personnelle ancienne au sein d’une classification construite après de nombreuses notes.
La DBNL conserve également ce texte dans le dossier de son Dromenboek et identifie la communication de Londres du 22 avril 1913. Ces documents permettent de suivre une pensée et sa mise en forme ; ils ne fournissent pas un enregistrement de la nuit allemande.
Un faux réveil est un rêve où l’on croit s’être réveillé. Le savoir que l’on rêve peut apparaître ensuite, mais n’est pas garanti dès le commencement. Cette distinction évite de confondre automatiquement faux réveil, rêve lucide, paralysie et sortie du corps.
Le nombre de fenêtres constitue ici une vérification à l’intérieur du récit de l’auteur, non une expérience contrôlée par des témoins. L’interprétation démonologique n’est pas une conclusion scientifique. La certitude ressentie d’être debout ou réveillé doit rester distincte de l’état physiologique réel.
Pour poursuivre la réflexion
Le jour revient avec deux fenêtres. La troisième, disparue, continue pourtant de faire son travail : elle rappelle combien un réveil peut lui-même être une scène rêvée.