Coleridge, le cri qui mettait fin à la troisième nuit
Poème transmis à Southey le 11 septembre 1803 ; publication en 1816 · Écosse pendant le voyage de 1803 ; chambre non localisée dans le poème · Samuel Taylor Coleridge ; Robert Southey, destinataire de la lettre
Première chandelle — Ce qu’on raconte
Le cri vient de sa propre gorge et le tire enfin du rêve. Dans The Pains of Sleep, la troisième nuit achève une série d’épreuves où le dormeur se voit mêlé à une foule menaçante, à des désirs qu’il réprouve et à des actes dont il ne distingue plus s’il les commet ou les subit. Le réveil ne lui rend pas immédiatement une innocence tranquille.
Le poème avait commencé autrement : un homme se prépare au repos dans une disposition de confiance silencieuse. Puis le sommeil inverse cette attitude. La volonté devient impuissante, la honte envahit les images, et les nuits troublent les jours qui les suivent. Quand les larmes finissent par atténuer l’angoisse, la question demeure : pourquoi ce supplice semble-t-il le concerner ?
Coleridge joint une première version à une lettre à Southey pendant son voyage de 1803. Il raconte qu’il redoute réellement de dormir et que les matins le trouvent en pleurs au bord du lit. Il dit aussi avoir abandonné les opiacés, tout en mentionnant encore l’éther. La lettre rapproche donc les nuits, le corps et les substances sans leur fournir une explication simple.
Ce dossier n’est pas une nouvelle version de Kubla Khan. Il ne raconte pas l’arrivée heureuse de vers pendant le sommeil, mais la difficulté à supporter ce qu’on y éprouve. La création se trouve dans le travail qui transforme la souffrance en poème adressé à quelqu’un, puis repris pour publication.
Seconde chandelle — Ce qu’on sait
La lettre à Robert Southey est datée du 11 septembre 1803 ; le poème est publié en 1816. Les Friends of Coleridge donnent le texte et la référence de correspondance. L’existence d’un état antérieur à la publication permet de ne pas dépendre uniquement d’un souvenir très tardif.
L’histoire de l’usage d’opium chez Coleridge est établie par ses lettres, ses carnets et les travaux historiques. Des changements de consommation et des difficultés de sevrage sont pertinents pour lire cette période, sans constituer un diagnostic exhaustif de chaque nuit.
La lettre de 1803 et les explications rétrospectives de l’auteur ne concordent pas toujours dans l’attribution des causes. La douleur, la maladie, l’anxiété et l’usage des substances appartiennent à un dossier complexe que la formule poème écrit sous opium simplifierait abusivement.
Le texte décrit un rêve effrayant, un cri et un réveil. Ces éléments n’autorisent pas à diagnostiquer une terreur nocturne au sens clinique actuel. Les figures et les fautes du poème ne sont pas davantage des aveux d’actes réellement commis.
Pour poursuivre la réflexion
Le sommeil cesse, mais le poème poursuit la question devant un autre lecteur. La nuit n’a pas livré une œuvre prête à publier : elle a laissé un trouble auquel l’écriture cherche une adresse.
Sources et limites
- Coleridge, lettre à Robert Southey du 11 septembre 1803 et The Pains of Sleep, texte et références des Friends of Coleridge
- Wellcome Collection, Coleridge’s hypochondria : lettres, maladie, opium et limites des récits biographiques
- Samuel Taylor Coleridge, The Pains of Sleep, dans Select Poems, édition publique incluant le poème et son contexte