La présence dans la chambre, de la paralysie nocturne aux questionnaires
Descriptions médicales des XIXe et XXe siècles ; enquête de 1999 · États-Unis et Canada, notamment l’université de Waterloo · Silas Weir Mitchell ; Max Levin ; J. Allan Cheyne et ses collègues ; les personnes interrogées
Première chandelle — Ce qu’on raconte
Quelqu’un est là : la certitude peut précéder toute silhouette. Dans des descriptions de paralysie du sommeil, la chambre n’a pas besoin d’être envahie par une figure nettement dessinée. Une présence ressentie suffit à transformer l’espace familier. La personne voudrait se retourner ou appeler, mais le mouvement attendu ne vient pas. L’inquiétude trouve alors facilement un emplacement, tout près du lit.
Les traditions donnent des noms et des visages différents à cette proximité. Les écrits médicaux, eux, essaient progressivement de décrire l’expérience sans décider d’avance qui serait entré. À la fin du XIXe siècle, Weir Mitchell emploie notamment le vocabulaire de paralysie nocturne. Nommer l’impossibilité de bouger devient une autre manière de commencer le récit.
En 1933, Max Levin reprend la question dans une étude sur la narcolepsie. Il distingue les épisodes à l’endormissement de ceux qui surviennent au réveil et reconnaît l’antériorité de Kinnier Wilson pour le terme sleep-paralysis. Ce travail ne signifie pas que tous les dormeurs concernés seraient narcoleptiques : les contextes et les associations demandent justement à être séparés.
Bien plus tard, les questionnaires permettent de demander autre chose que la seule présence d’une paralysie. Y avait-il une peur ? Une pression ? Des sons, une impression de flotter, quelqu’un à proximité ? Ces questions ne fabriquent pas une photographie de la chambre. Elles rendent comparables des aspects du vécu que les récits ordinaires peuvent réunir ou laisser sans nom.
Seconde chandelle — Ce qu’on sait
L’article de Levin, publié en 1933 dans le Journal of Neurology and Psychopathology, expose ses catégories et ses hypothèses dans le cadre scientifique de son temps. Ses références historiques ne doivent pas être transformées en affirmation qu’aucun auteur antérieur n’aurait jamais décrit une expérience ressemblante.
En 1999, Cheyne, Newby-Clark et Rueffer étudient 870 étudiants à l’aide de l’échelle des expériences de sommeil de Waterloo. Leur analyse associe notamment la peur et le sentiment de présence. Une association statistique ne démontre pas, pour chaque individu, l’ordre exact dans lequel peur et perception se sont construites.
Les recherches sur les transitions du sommeil éclairent la coexistence d’une conscience de l’environnement et d’une inhibition musculaire persistante. Elles n’exigent pas qu’une silhouette accompagne chaque épisode. Elles ne permettent pas non plus d’identifier rétrospectivement toutes les apparitions rapportées dans l’histoire.
Une paralysie du sommeil se distingue d’un cauchemar dont on garde le récit et d’une terreur nocturne, souvent peu mémorisée et accompagnée d’agitation. La présence ressentie est une expérience décrite, pas la preuve qu’une autre personne ou une entité occupait réellement la chambre.
Pour poursuivre la réflexion
Le dossier scientifique ne remplace pas une peur par du néant. Il ouvre une autre question : comment un lieu familier peut-il sembler habité avant même que nous y voyions quelqu’un ?
Sources et limites
- Max Levin, The Pathogenesis of Narcolepsy, with a Consideration of Sleep-Paralysis and Localized Sleep, Journal of Neurology and Psychopathology, 14, 1933, pp. 1–44
- J. A. Cheyne, I. R. Newby-Clark et S. D. Rueffer, Relations among hypnagogic and hypnopompic experiences associated with sleep paralysis, 1999, DOI 10.1046/j.1365-2869.1999.00165.x
- NHS, Night terrors and nightmares : distinctions cliniques actuelles