À Terre-Neuve, le nom donné à la visiteuse de la nuit
Enquêtes du XXe siècle ; ouvrage de David J. Hufford publié en 1982 · Terre-Neuve, Canada · Les personnes interrogées par David J. Hufford ; le folkloriste lui-même
Première chandelle — Ce qu’on raconte
La chambre semble connue, et pourtant quelque chose y est entré. Dans les récits recueillis à Terre-Neuve, le dormeur peut entendre une approche, éprouver une présence, sentir son corps retenu ou sa poitrine comprimée. Il veut appeler, bouger, faire comprendre ce qui arrive. C’est précisément ce qu’il ne parvient pas à faire. La peur tient aussi à cette impossibilité de rejoindre les autres.
Le nom d’Old Hag, la vieille sorcière, offre une figure à l’expérience. Il ne signifie pas que chaque témoin ait aperçu une vieille femme. Une pression sans visage peut suffire ; ailleurs, l’approche se précise en sons ou en silhouette. Le nom partagé permet de raconter ce qui, sans lui, pourrait rester une honte ou une nuit incompréhensible.
Lorsque David Hufford mène ses enquêtes, il rencontre un problème qui dépasse le relevé d’une superstition. Faut-il penser que les personnes vivent seulement ce qu’une tradition leur a appris à attendre ? Ou qu’une expérience troublante contribue elle aussi à faire circuler des traditions ? La question change la manière d’écouter : le récit n’est plus éliminé dès que son interprétation surnaturelle est contestée.
Le livre qui en résulte ne nous donne pas l’autorisation d’inventer une veillée, un témoin ou une conversation. Sa force vient au contraire de la comparaison de descriptions recueillies. Ce sont des personnes réelles qui cherchent des mots pour une peur intime ; leurs explications ne deviennent pas toutes identiques parce que leurs sensations présentent des ressemblances.
Seconde chandelle — Ce qu’on sait
The Terror That Comes in the Night paraît en 1982 ; la notice de Penn Press citée correspond à une édition ultérieure. Hufford y confronte le matériau de terrain à l’hypothèse d’une source exclusivement culturelle des expériences.
Une étude de Robert Ness, publiée en 1978 sous le titre The Old Hag phenomenon as sleep paralysis: a biocultural interpretation, constitue un autre jalon de cette rencontre entre enquête culturelle et étude du sommeil. Ces travaux portent sur des récits recueillis, non sur la capture d’une entité.
La paralysie du sommeil peut associer conscience de l’environnement, incapacité transitoire à bouger et perceptions sans objet extérieur correspondant. Elle n’est ni un mauvais rêve dont on se réveille libre de ses mouvements, ni une terreur nocturne avec agitation et souvenir généralement pauvre.
Ce rapprochement éclaire des descriptions, sans démontrer que chaque récit local relève du même mécanisme. Les termes employés, les souvenirs et les questions de l’enquêteur influencent aussi ce qui nous parvient.
Pour poursuivre la réflexion
La vieille sorcière ne disparaît pas de l’histoire quand son existence matérielle n’est pas établie : elle reste le nom par lequel des dormeurs ont pu faire reconnaître leur peur.
Sources et limites
- David J. Hufford, The Terror That Comes in the Night, 1982 ; notice de l’édition Penn Press de 1989
- Robert Ness, The Old Hag phenomenon as sleep paralysis: a biocultural interpretation, Culture, Medicine and Psychiatry, 1978
- NHS, Night terrors and nightmares : distinctions entre cauchemar, terreur nocturne et paralysie du sommeil