Pankejeff, les loups qui ne bougeaient pas

Cauchemar attribué à la petite enfance ; analyse par Freud et publication en 1918 · Chambre d’enfance dans l’Empire russe ; récit repris à Vienne · Sergueï Pankejeff ; Sigmund Freud

Première chandelle — Ce qu’on raconte

Les loups ne poursuivent personne. Ils sont dans l’arbre, blancs, tournés vers la fenêtre qui vient de s’ouvrir. Dans le cauchemar raconté par Sergueï Pankejeff, c’est leur immobilité qui devient insupportable : ils regardent l’enfant couché. La chambre, au lieu de protéger le dormeur, paraît soudain offerte à ce regard venu du dehors.

Il craint d’être dévoré et se réveille en criant. Bien plus tard, il redonne une forme à la scène par la parole et le dessin. La nuit n’est donc pas conservée comme une image photographique demeurée hors du temps. Elle passe par la mémoire d’un adulte, par une relation de soin et par des représentations successives.

Freud écoute ce récit pendant l’analyse du patient qui deviendra célèbre sous le nom d’Homme aux loups. Autour des animaux se rassemblent des souvenirs et des histoires entendues. L’arbre, la fenêtre, les queues des bêtes, leur nombre et leur regard deviennent les points d’appui d’une reconstruction dont l’ambition dépasse de beaucoup l’identification d’un symbole isolé.

À force d’être commentés, les loups donnent aussi un nom public à un homme. Pankejeff continuera de représenter son rêve, tandis que les lecteurs connaîtront sa nuit avant de connaître sa vie. Cette disproportion fait partie de l’histoire : un épisode bref de sommeil peut occuper, dans la mémoire culturelle, davantage de place que les années pendant lesquelles son narrateur a vécu éveillé.

Seconde chandelle — Ce qu’on sait

Le Freud Museum de Londres présente ce cauchemar et conserve des peintures réalisées par Pankejeff. Le récit situe l’expérience vers l’âge de quatre ans ; sa transmission à l’analyste est beaucoup plus tardive. Il faut conserver ce décalage chronologique plutôt que présenter une observation immédiate de l’enfant.

Freud publie son étude en 1918 sous le titre Extrait de l’histoire d’une névrose infantile. Le musée explique la méthode et la reconstruction d’une scène parentale supposée. Cette proposition psychanalytique ne doit pas être racontée comme un événement d’enfance indépendamment démontré.

Le souvenir d’un rêve, les associations du patient et l’interprétation du thérapeute sont trois matériaux différents. Ils peuvent être étudiés ensemble sans être confondus. La vivacité du tableau ne garantit ni l’exactitude de tous ses détails anciens ni celle d’une explication unique.

Il s’agit d’un cauchemar rapporté, avec un témoin identifiable, pas d’une visite de loups prouvée dans la chambre. Le cas n’autorise aucun diagnostic automatique pour d’autres dormeurs. La peur d’être regardé et la place de l’enfance doivent ici rester attachées à ce récit particulier.

Pour poursuivre la réflexion

Dans l’arbre peint, rien ne semble avancer. Pourtant, l’image a continué de voyager : de la chambre remémorée au cabinet, puis aux murs d’un musée où d’autres yeux viennent la rencontrer.

Sources et limites

Toutes les histoires des Deux Chandelles