Clytemnestre, le serpent nourri comme un enfant
Tragédie représentée en 458 avant notre ère ; action située dans le passé mythique · Argos, palais des Atrides et tombe d’Agamemnon · Clytemnestre ; Oreste ; Électre ; le chœur des Choéphores
Première chandelle — Ce qu’on raconte
Le nouveau-né est un serpent, mais Clytemnestre le traite d’abord comme un enfant. Dans le rêve raconté par Les Choéphores, elle l’enveloppe, puis lui donne le sein. L’horreur ne vient pas simplement de la présence d’un reptile : elle naît du soin maternel qui se prolonge vers un être dont la bouche blessera celle qui le nourrit.
Le sang se mêle au lait. La reine pousse un cri et se réveille ; la peur nocturne appelle alors un geste dans le monde du jour. Des offrandes doivent être portées à la tombe d’Agamemnon, le mari qu’elle a tué. Électre et les femmes du chœur s’y rendent, et le rêve circule désormais au-delà de sa dormeuse.
C’est Oreste qui en reçoit le récit. Le fils absent reconnaît dans la naissance, les langes et le sein des étapes qui pourraient être les siennes. Il se désigne comme celui que représente le serpent. La nuit de sa mère devient ainsi, dans sa propre lecture, l’annonce et presque l’autorisation du geste qu’il prépare contre elle.
À cet endroit, le songe n’appartient plus à une seule conscience. La reine voulait apaiser une menace ; son fils y lit une identité et un avenir. L’animal relie deux regards incompatibles sur une même famille. Il est enfant pour celle qui le nourrit, meurtrier pour celui qui prend sa place, et image de la violence qui revient vers sa source pour le spectateur.
Seconde chandelle — Ce qu’on sait
Eschyle fait raconter le rêve dans Les Choéphores, deuxième tragédie de l’Orestie. Le passage se trouve autour des vers 523–550. La traduction de Herbert Weir Smyth donne la succession du serpent, de l’allaitement, du sang et du réveil.
La trilogie est représentée en 458 avant notre ère. Elle donne une forme théâtrale aux conflits des Atrides, dont les personnages appartiennent au passé mythique. La scène du serpent ne nous parvient donc pas comme la confidence historique d’une souveraine au lendemain d’une nuit.
La lecture d’Oreste est une action dans la pièce. Elle a des conséquences dramatiques et exprime sa position ; le lecteur n’est pas tenu de l’adopter comme une vérité psychologique générale. Le rêve rend la vengeance pensable à l’intérieur d’une intrigue dont les violences ne seront pas résolues par ce seul meurtre.
Il ne s’agit ni d’un serpent observé au réveil ni d’une preuve antique d’une naissance animale. La relation au sommeil est explicitement racontée, et son statut mythologique demeure clair. Comparer cette scène à d’autres rêves maternels peut éclairer des différences, mais ne supprime pas sa situation familiale particulière.
Pour poursuivre la réflexion
Le cri termine le sommeil, pas l’histoire. Dès que le rêve est raconté, un autre que la dormeuse peut en saisir l’image et décider ce qu’il veut lui faire annoncer.